La CAN, une compétition pas comme les autres

 

 

A l’occasion du Championnat d’Afrique des Nations, nous avons décidé de consacrer le premier numéro de l’InRedview à Mara Magassa. En effet, le chouchou de Maurice Baquet s’est envolé pour la Tunisie avec la sélection nationale de la Guinée afin de disputer la CAN. Pour son retour en terre Montfermeilloise, nous sommes allés à sa rencontre afin d’avoir son ressenti sur cette expérience.

Bonjour Mara, une petite présentation en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Mara Magassa, j’ai 29 ans et j’évolue sur le poste d’arrière au Montfermeil Handball et en équipe nationale de Guinée.

Montfermeil réalise une bonne première partie de saison pour sa première en Nationale 2, notamment grâce à tes belles performances. Peux-tu nous en dire plus sur ton bon début de saison et celui de l’équipe ?

Pour une première en Nationale 2, je pense qu’on ne s’en sort pas trop mal. On a laissé échapper quelques points, mais on fait tout de même un bon début de saison. Personnellement, j’ai pu réaliser de bons matchs, mais c’est essentiellement grâce à mes coéquipiers qui me mettent dans les bonnes conditions pour que je sois efficace. On a une vraie équipe où le danger peut venir de partout car on est tous capables de marquer des buts.

Pour la suite de la saison, j’espère que l’on va se maintenir le plus vite possible afin que l’on puisse aller jouer les cinq premières places à la fin de l’année. Entre les matchs en club et en sélection nationale, je commence à ressentir une petite fatigue physique et quelques « petits bobos », mais je vais tout faire pour être en forme pour la deuxième partie du championnat.

Ces bonnes performances t’ont permis d’être sélectionné en équipe nationale de Guinée. Peux-tu nous dire comment cela s’est passé ?

Oui mes bonnes petites performances du début de saison me permettent d’être sélectionné en équipe nationale de Guinée. Il y a deux ans, lors de notre première année en N3, j’avais déjà été appelé pour faire des stages avec la sélection. Malheureusement, au mois de décembre 2017, je me suis fait une rupture partielle du tendon d’Achille, qui était synonyme de fin de saison. Ce fut un véritable coup dur car c’était vraiment une première pour moi. Avec du temps et du travail, j’ai pu revenir en forme et mon bon début de saison m’a permis d’être contacté par Kevin Decaux, le sélectionneur de la Guinée.

Tu évoques Kevin Decaux, qui est le sélectionneur de la Guinée, mais qui était également l’entraîneur de Montfermeil en N3 lors de la saison 2017/2018. Tu peux nous en dire plus ?

Oui Kevin Decaux était mon entraîneur en N3 il y a deux ans. Même si je n’ai fait qu’une partie de saison cette année-là, en raison de ma blessure, je pense qu’il a vu mes capacités et ce dont j’étais capable de faire. Il m’a donc proposé de faire partie du groupe. Ce projet m’a beaucoup intéressé et j’ai immédiatement accepté.

La plupart des joueurs de la sélection guinéenne jouent en France. Comment est l’ambiance dans l’équipe et comment se déroule cette CAN ?

Effectivement beaucoup de joueurs évoluent en France, que ce soit en D2, en N1 ou en N2. Il y a pas mal de joueurs que je connaissais déjà car on a eu l’occasion d’évoluer les uns contre les autres, mais franchement on s’entend tous super bien et l’ambiance est top. On passe nos temps libres tous ensemble, que ce soit les joueurs qui jouent en France ou les joueurs qui évoluent à l’étranger. On est vraiment tous mélangés et personne ne se retrouve à part.

Au niveau des entraînements, tout se passe bien et le rythme est soutenu. On a un staff médical complet, avec un médecin et un kiné qui sont présents 24h/24h. Donc dès qu’on a un petit bobo ou un pépin physique, on est directement pris en charge. Ils sont vraiment au top du top et ils ont tout ce qu’il faut pour nous mettre dans de bonnes conditions pour qu’on soit opérationnel pour les prochains matchs.

Vous avez joué votre premier match contre l’un des favoris de la compétition, l’Egypte. Cette équipe, contre qui vous avez perdu 39 à 22, possède des joueurs professionnels qui ont l’habitude de disputer des grandes compétitions (Ligue des Champions, Championnat du Monde, …). Comment s’est déroulé ce match ?

L’Egypte, tout le monde connaît cette équipe. C’est un autre niveau et une équipe habituée à jouer les championnats du monde. Tu ne peux que kiffer jouer contre des équipes comme ça, surtout pour un joueur non professionnel comme moi, qui n’évolue qu’en Nationale 2. Jouer contre des très grands joueurs, surtout pour notre premier match, ça te met tout de suite une claque qui te fait comprendre que si tu veux être un grand joueur il faut bosser et ne rien lâcher.

Concernant notre match, on fait vraiment une bonne entame de match sur les 15 premières minutes, notamment grâce à notre gardien Rubens qui fait des parades dans tous les sens. Du coup ça nous met en confiance et on arrive un peu à leur tenir tête. Mais au fil du match et grâce à leurs rotations, ils ont pu dérouler pour gagner ce match. Après, ça a été une bonne expérience pour tout le monde de jouer contre cette équipe d’Egypte. On savait qu’on n’avait rien à perdre face à une telle équipe et qu’il n’y avait pas forcément grand-chose à aller chercher. Mais on a tous donné le meilleur de nous-même et c’était un kiff car c’est peut-être quelque chose qui n’arrivera plus jamais.

Place ensuite au 2ème match contre la République Démocratique du Congo (RDC). Match très important pour la suite de la compétition mais que vous perdez sur le score de 25 à 28. Comment était cette rencontre ?

On avait à cœur de battre la RDC pour pouvoir passer au prochain tour et jouer les poules hautes. Mais bon, des équipes comme la RDC, c’est des équipes qui ont plus de 10 participations à la CAN, alors que pour nous, c’était une première. Et puis la RDC c’est du costaud, avec pas mal de joueurs que je connais et qui sont aussi mes amis, comme Aurélien [Tchitombi], Genèse [Bouity] ou Gauthier [Mvumbi]. Voilà, c’est des joueurs qui évoluent en N1, D2 et même en D1 et je pense que c’est l’expérience qui a fait la différence dans ce match.

Vous terminez la première phase de poule par une victoire contre le Kenya (26-17) et vous finissez alors 3ème.
Direction la Coupe du Président (poule basse), avec une 2ème phase de poule où vous croisez le Nigeria (victoire 30-24) avant de faire égalité contre la Libye (16-16).
En terminant 1er de cette 2ème phase, vous êtes qualifiés pour la finale de la Coupe du Président face au Congo. Malheureusement, vous perdez cette finale 23 à 25 et terminez 10ème de la compétition. Comment s’est passée cette finale ?

Pour notre première participation à une grande compétition, c’était déjà une grande victoire d’en arriver là. Alors on n’avait pas forcement de pression car l’objectif était atteint, mais on est des compétiteurs et donc on s’est tout de suite dit « une finale ça ne se joue pas, mais ça se gagne ».

Malheureusement, on perd un match qui était à notre portée. Trop de pertes de balle, de la précipitation et un manque de lucidité font qu’on était derrière pendant la majeure partie du temps. On a réussi à passer devant quelques instants, mais ils étaient plus rigoureux et commettaient moins de fautes techniques en étant efficace au shoot et en limitant les pertes de balle.

Alors forcément, c’est une déception de perdre une finale, mais on va continuer à travailler et on reviendra plus fort en étant mieux préparé.

Est-ce qu’une telle expérience va te changer individuellement et peut t’apporter pour la suite de la saison et la suite de ta carrière sportive ?

Pour moi ça a été une expérience de fou. En France c’est un autre handball, c’est tactique et « propre ». Je ne dis pas que ce n’est pas « propre » ici, mais quand tu joues la CAN, c’est la guerre. Tout le monde a envie, les mecs ont la dalle car toutes les équipes veulent gagner et atteindre leur objectif. En match, que tu sois sur le banc ou sur le terrain, tu dois être à 100%. Celui qui est sur le banc, il est prêt à rentrer à tout moment, il est chaud bouillant et il sera aussi fort que le mec qui est sur le terrain. C’est vraiment un autre monde, un autre handball et une autre mentalité.

Si mentalement et physiquement tu n’es pas prêt, tu n’as rien à faire à la CAN. Il faut vraiment être fort et préparé mentalement, parce que ça envoie dans tous les sens. Franchement, je ne peux que retourner dans mon club à Montfermeil et dire à mes partenaires qu’il faut se battre à fond, peu importe l’équipe ou les joueurs qu’il y a en face, si tout le monde a la niaque on pourra arriver au bout de tous nos objectifs.

Un petit mot pour la fin ?

Pour finir, je tiens à remercier Kevin Decaux et tout le staff de la sélection guinéenne, car sans leur confiance je ne serais pas là aujourd’hui. Merci aussi à Omar Baradji, notre capitaine, qui était là depuis la création de cette équipe de Guinée et qui est passé par plein d’épreuves avec cette sélection. Il est fier de nous et on est fier de lui. Terminer 10ème pour cette première compétition c’est aussi grâce à lui et je ne peux que le remercier.

Sans oublier bien sûr mes partenaires à Montfermeil, joueurs et entraîneurs, qui ont pris de mes nouvelles, qui m’envoyaient des messages et qui me donnaient de la force !

Merci pour cette interview Mara !

Merci beaucoup et on se retrouve à Baquet le 1er février pour le match face à Billy Montigny !